Jeudi soir, maman Florence m'a appelée
Elle était très gênée au téléphone car elle avait quelque chose à me demander - elle n'ose pas demander - mais là, elle n'avait pas d'autre solution que moi ou le taxi et de gros
frais.
- Hello Dominique !
- Hello Florence ! Comment ça va ?
- Ça va un peu... (c'est sa phrase favorite qui ne veut rien dire et avec laquelle tout le monde la taquine).
- Pas mieux que ça ?
- Ben... Je suis mal prise. J'ai trouvé des sièges d'auto à Ste-Foy et je dois aller les chercher demain soir sinon ils seront vendus à quelqu'un d'autre.
- Ah bon. C'est une bonne nouvelle !
Les jumelles ont tellement grandi que les sièges actuels sont trop petits. J'ai fouiné dans le site des PACS et lui en avait trouvé mais elle n'a pas été assez rapide. Cette fois-ci, elle ne veut
pas les manquer.
- Oui mais... Je suis embêtée... a continué Florence.
- Que veux-tu, Florence ?
Comme Florence n'a pas l'habitude de demander, car elle a toujours eu l'habitude, avec sa famille en Afrique, de ne pas avoir besoin de demander, je m'arrange parfois pour qu'elle pose des
questions claires.
- Ben... (elle était tellement gênée...), j'aimerais que tu viennes avec moi pour aller les chercher, si tu peux, si ça te dérange pas..., a répondu Florence.
- Tu dois aller les chercher quand ?
- Vendredi soir à 19h à Ste-Foy.
J'ai regardé mon agenda.
- Pas de problème. A quelle heure et où je te rejoins ?
- Ben... Je vais laisser les filles à la garderie à 15h et je vais aller faire des commissions. On pourrait se retrouver là à 18h ?
- Pas de problème, à 18h à la garderie.
Vendredi à 17h15, je décolle pour aller rejoindre Florence à la garderie. Sur l'autoroute, mon portable sonne. C'est Florence.
- Hello Dominique !
- Hello Florence !
- Tu es à la maison ?
- Non, je suis sur la route pour aller à la garderie.
- Oh mon Dieu, Seigneur Jésus !!!
- Quoi ?
- Ben, je suis en retard. Je suis au centre-ville et, à cause du trafic, je n'arriverai pas à l'heure à la garderie. Est-ce qu'on peut s'y retrouver plutôt à 19h ?
- Ben là... Je vais faire quoi en ville, moi, je n'ai rien à y faire...
- Je suis tellement désolée. Tu ne veux pas aller manger avant ?
- Mouais... OK, je vais aller à la librairie et manger en attendant 19h.
Je me suis sentie un peu contrariée. Florence a de la peine à jauger son temps et est presque tout le temps en retard. En bonne suissesse que je suis, je déteste être en retard ou attendre
quelqu'un. Avec Florence, j'apprends la tolérance de ce côté-là et je sais qu'elle apprend, de son côté, à être à l'heure. Elle en est fière quand elle y arrive. Il va de soi que je la
félicite quand elle y arrive mais, ce soir, ça m'a un peu dérangée.
Je me rends donc chez Renaud-Bray, ma librairie préférée à Place Laurier, où je demande pour un livre que je veux me procurer depuis longtemps. Ils ne l'ont pas mais il est à la succursale
des Galeries de la Capitale, plus près de chez moi. Ils le font mettre de côté et j'irai samedi. Je demande alors le prix. «79,90 $» me répond la vendeuse. Ayoille... C'est vrai que c'est une
brique, une bible même, pour qui travaille en thérapies. Ok, j'irai le chercher samedi.
Je vais ensuite à la halte-bouffe pour manger un shish-taouk. Une fois assise avec mon assiette remplie de bonnes choses santé, je pense à ma façon de penser ces derniers temps et je réalise que
c'est de plus en plus rare que j'ai des pensées négatives. Ma vie va bien et je suis heureuse de ce que la vie m'apporte chaque jour. Une sérénité s'installe en moi en réalisant ça. J'en viens
presque à chercher des pensées négatives pour voir si j'en ai mais je n'en trouve pas. Vraiment étonnant ! Avec le recul, je me rends compte que le dérangement causé par le retard de Florence a
même disparu. Pourquoi se ronger avec des détails comme ça quand ça ne dérange, finalement, pas vraiment ?
Je repars ensuite pour la garderie où j'arrive avec dix minutes d'avance. Non seulement je ne suis (presque) jamais en retard mais plus souvent, même, en avance. Quand je veux faire exprès
d'arriver en retard, on dirait que le temps s'arrête et j'arrive pile à l'heure. J'ai donc abandonné l'idée d'arriver en retard, même volontairement !
J'ai beau sonner à la porte de la garderie, personne ne vient ouvrir. Je vais voir derrière : tout le monde est dehors, les enfants jouant au ballon ou au toboggan sous l'oeil attentif des
éducatrices. Je crie un «Hello !» pour que l'une d'elle me voit et vienne m'ouvrir. Les jumelles sont à la pouponnière.
Je prends les socles de sièges d'auto et vais les installer. Il est 19h05 quand j'ai terminé. J'appelle Florence. Elle est à l'arrêt d'autobus à quelques patés de maison. Elle devrait arriver à
la garderie dans 15 minutes. Sauf qu'on a rendez-vous pour aller chercher les nouveaux sièges d'auto à 19h30. Je rentre donc dans la garderie et demande si on peut préparer les filles afin
qu'elles soient prêtes à 19h15 car on doit partir vite, que leur maman arrive sous peu. L'éducatrice m'invite à entrer dans la pouponnière en attendant.
Je vais à la
rencontre des jumelles et m'agenouille devant elles. Je tends les mains à Elodie qui me regarde et me tend les bras à son tour tout en chignant. C'est la première fois que je les vois sans leur
maman et je me demandais si elles allaient me reconnaître. Je prends la petite dans mes bras et elle s'accroche à moi. Elle m'a reconnue et est contente que je sois là. Sa soeur Odile fait
de même. C'est gagné. Pas de pleurs mais plutôt des sourires et des ga-ga-gueu-gueu.
Mon coeur n'a fait qu'un tour (joyeux) quand Elodie m'a tendu les bras. C'est un moment que j'espérais vivre un jour, qu'elles me reconnaissent et aient envie de venir dans mes bras. Ce soir,
j'ai eu ce beau cadeau qui m'a fait chaud au coeur.
C'est alors que mon portable a sonné. Il était 19h15. Florence me demandait d'aller la chercher à l'arrêt d'autobus, qu'il n'arrivait pas et que ce serait plus simple comme ça. J'ai passé le
téléphone à l'éducatrice pour que Florence l'avertisse que ce serait moi qui prendrait les filles. Heureusement, elle avait déjà mis au dossier que ça se pouvait que leur marraine - moi :-o)) -
aille les chercher sans elle. Tout s'est bien passé et nous sommes parties les trois chercher maman Florence.
Là encore, j'ai été touchée car Florence m'avait demandé d'être leur marraine officielle, il y a quelques mois, au cas où il lui arriverait quelque chose, mais je lui avais répondu que je
voulais être une marraine de coeur, sans papiers. Je ne connais pas tout le passé et la famille africaine de Florence et, à mon sens, être marraine, c'est avant tout une histoire de coeur. On en
était restées là. Florence avait cependant officialisé la chose dans le dossier de la garderie... Ça y est, je suis marraine !!!
On est donc allées chercher Florence avant de se rendre chez la dame qui vendait les sièges d'auto. Elle en a profité pour se plaindre un peu que c'est difficile d'être seule avec des jumelles
mais qu'elle arrive à se débrouiller et survivre quand même. Qu'elle s'est demandée pourquoi elle avait choisi de ne pas avorter mais que, maintenant, elles sont là et elle doit vivre avec. Le
fait est qu'elle adore ses filles et en prend un soin méticuleux et tendre. Sauf que, financièrement, c'est pas la joie. De plus, il lui reste un an à faire pour avoir son diplôme d'infirmière
mais le Cégep ne considère pas qu'elle est monoparentale et devrait terminer ses études au plus vite pour avoir un métier rémunérateur. Elle est sur une liste d'attente... pour on ne sait
quand.
En entrant dans l'auto pour repartir, un siège d'auto dans le coffre et un sur les genoux de Florence - j'ai une mini auto, prévue pour une célibataire quand je l'ai achetée !!! -, elle a
continué un peu en disant combien la vie est difficile, etc. Je lui ai fait voir qu'elle a toujours le choix de voir le bon ou le mauvais côté des choses...
- C'est vrai, tu es là, merci mon Dieu pour toi ! Qu'est-ce que je ferais sans toi !
- Tu te débrouillerais autrement, c'est tout...
- Seigneur Jésus... ahhhh, c'est pas facile pourtant !
- Ce n'est peut-être pas facile mais tu n'es quand même pas si mal que ça, non ?
- Oui, c'est vrai, mais je n'ai plus de vie avec les filles... Ah ! Seigneur Jésus !
- Tu sais ce que te dirais Louis s'il t'entendait dire «Seigneur Jésus» aussi souvent ? lui ai-je demandé avec un air coquin.
- Non... ?
- Appelle-moi Louis, ça suffira !
On s'est mises à rire de bon coeur. Elle avait compris la blague.
- Tu es incroyable, tu sais, a continué Florence.
- Comment ça ?
- Tu ne peux pas savoir combien de temps j'ai tourné devant le téléphone hier avant de t'appeler !
- Ah bon ? Tu n'osais pas demander ?!
- Oui, c'est ça, oh mon Dieu, si tu savais ! Je me suis dit que tu travaillais peut-être, ou que tu avais une sortie, ou que tu me pourrais pas ou que tu me dirais non et, à la place, tu m'as
répondu «Pas de problème !». T'es vraiment incroyable ! Avec toi, y'a jamais de problème !
- Ben, c'est comme en Afrique : «Pas de p'oblème !» lui ai-je répondu en riant.
- Oui mais c'est tellement pas comme ça au Québec ! Je n'ai pas l'habitude ! Tout le monde est plein de problèmes, tout est problème...
- Ça dépend de quelle façon on prend la vie...
- Mouin...
- «No problem ! No problem !». J'ai tellement entendu ça quand j'étais en Inde. Ça a dû me marquer ! ai-je continué en riant.
Florence riait aussi. Elle voit tellement souvent la vie comme étant difficile que j'essaie toujours de la ramener à penser positivement. Quand elle y arrive, elle me le dit ensuite car sa
vie lui semble alors plus facile mais, la plupart du temps, elle oublie de le faire.
Quand on n'a pas eu la vie facile, penser positivement est loin d'être un réflexe. On doit constamment s'arrêter à ses pensées et décider de les changer en pensées positives pour attirer les
bonnes choses plutôt que les difficiles. Manifestemment, ça marche... en tout cas pour moi. Un de mes buts est de partager cet outil magnifique et tellement simple à Florence pour qu'elle arrive
à voir que sa vie peut être remplies de petits bonheurs...
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