Vendredi 9 novembre 2007 5 09 /11 /Nov /2007 17:39
blklrnserie253.gif Depuis des années, je cherche la raison pour laquelle la vie ne m'apporte que «juste assez» pour vivre. Agréablement, il est vrai, mais juste assez. Pas de folies, pas de voyages, pas de possibilité de réaliser des rêves qui nécessitent un peu plus de sous que ceux que je gagne pour vivre.

J'en ai parlé à une amie cette semaine, qui travaille en énergie. Je lui ai parlé de ma maman qui, étant remariée avec un homme grippe-sou, réclamait presque chaque mois plus de sous pour son budget. Elle en avait juste assez, parfois même pas assez, pour s'occuper des dépenses familiales. De plus, mon père ne lui donnant pas de pension pour moi, elle n'osait pas trop dépenser pour moi de ce fameux budget. Résultat : j'étais habillée d'habits de seconde main alors que les autres enfants étaient habillés de neuf, par exemple.

Cette amie a tout de suite senti que j'avais imprimé inconsciemment des fausses croyances au sujet du fait d'avoir assez de sous pour vivre versus ma capacité de réaliser des rêves autres que la routine quotidienne.
Pourtant...

Je suis allée voir ma thérapeute aujourd'hui. Ça faisait un bout que je ne l'avais pas vue mais, comme je suis au bout de mes sous actuellement et que j'en ai marre de me retrouver souvent dans cet état, j'ai décidé de prendre le taureau par les cornes, dussé-je dépenser quelques dizaines de $ pour y arriver. C'est de l'investissement bien placé, à mon sens.

Ce n'est pas la première thérapeute que je consulte à ce sujet. C'est la première, pourtant, qui a décelé quelque chose derrière ce blocage à l'argent : l'affectif. D'après elle, il y aurait quelque chose relié à l'affectif de coincé derrière l'image de l'argent. Derrière le désir d'attirer l'abondance dans ma vie et l'incapacité à la faire entrer.

Elle m'a donc amenée dans un espace que je connaissais. Un moment de ma vie où j'ai entendu le mari de ma mère commencer à la battre. Je suis alors montée sur les lieux de l'incartade, inquiète, pour la Xème fois, de ce qui allait arriver à maman. Au moment où j'y arrivais, j'ai vu mon beau-père frapper ma mère et la pousser violemment contre le mur. Elle s'est écroulée, les yeux révulsés.

Mon sang n'a fait qu'un tour en moi. L'espace d'un flash de temps, figée devant la scène, tout ce qui m'est monté, de très profondément en moi, c'est «Si maman meurt, je n'ai plus personne».

C'est alors que quelque chose en moi s'est déchiré violemment du haut en bas, me coupant littéralement en deux. «A partir d'aujourd'hui, je ne peux plus compter que sur moi» a été l'affirmation claire et nette qui s'est installée alors profondément en moi.

J'ai osé crier «Maman !» avant de me précipiter vers elle mais je n'ai pas eu le temps de me lancer contre elle en pleurant toute ma peine de la perdre éventuellement. Ma mère est revenue à elle rapidement mais, complètement sonnée, elle est allée dans sa chambre pendant que son mari retournait au salon. Je suis restée seule, les bras ballants, sans savoir où aller, perdue. Je n'existais pour personne...

C'est ainsi que, dès lors, je me suis repliée sur moi-même, me coupant de mes émotions et ne vivant qu'à travers mon mental pour survivre à travers cet enfer familial puis dans ma vie de femme. Ce fut ma façon de survivre. Je n'en ai pas connu d'autre.

Je sentais la douleur tout le long de mon sternum. Cette déchirure était encore là. En prendre conscience lui a permis de guérir un peu. L'énergie circulait enfin mieux dans mon coeur.


Ma thérapeute m'a demandé ce que j'aurais voulu dire à mes parents alors. Les larmes sont remontées avec les mots «J'existe !!!». «Je suis là, vous m'avez mise au monde mais vous faites comme si je n'existais pas».
«J'existe !!!».

Ma thérapeute m'a fait ensuite travailler à prendre soin de la petite fille en moi pour l'aider à oser exister vraiment mais quelque chose coince encore. Des peurs sont encore là même si mon coeur commence à guérir de cette terrible déchirure.

La séance était terminée. Je vais laisser décanter cette heure d'émotions intenses pour aller retrouver mes peurs la semaine prochaine avec ma thérapeute.


C'est en travaillant cet espace de mon passé tout à l'heure que j'ai réalisé à quel point j'étais encore dans cette déchirure, cette solitude, cette impression de ne pas exister. J'ai alors compris, à travers mes larmes, pourquoi j'ai de la peine à me lancer dans la réalisation de ce que je ressens, de ce que j'ai envie de faire dans ma vie professionnelle, notamment, que je n'arrive pas à réaliser car cela nécessite que je me mette en avant, que j'existe vraiment...

J'ai aussi compris une des (nombreuses) raisons qui nous relie, François et moi : lui aussi a vécu comme un enfant replié sur lui-même, survivant à notre façon, du mieux qu'on a pu, faisant nos affaires de notre côté, sans déranger, sans demander, en payant pour aller chercher de l'aide puisque nous n'en avions pas (et n'en demandions pas non plus) de la part de nos proches, amis et famille.

En sortant de chez ma thérapeute, je me suis arrêtée à la boulangerie bio pour acheter du bon pain et des chocolatines pour François. Il était 13h45. Mon chum travaillait à 15h.

J'ai fait un détour par chez lui pour aller chercher un câlin et lui faire la surprise des chocolatines. Il m'a serrée fort et m'a dit que j'avais bien fait de venir chercher un câlin. Il était content de la surprise de ma visite et des petits pains au chocolat. J'étais contente de son accueil chaleureux.

Sa présence m'a fait du bien. J'ai osé aller chercher (=demander) un câlin. Même si j'ai hésité, je me suis suivie dans mon envie plutôt que de la refouler, comme j'aurais fait d'habitude.

Nous avons échangé sur ce que je venais de vivre, qui l'a évidemment rejoint. Il ne sait pas vraiment, de son côté, quel fut le déclencheur - dans son passé - qui l'a amené, lui aussi, à se replier sur lui-même et à agir en solitaire-qui-n'a-besoin-de-personne-et-ne-demande-rien, comme moi. Ça lui a cependant donné envie d'aller faire un bout de chemin en thérapie pour le découvrir.

Cette situation avec ma mère et son mari, je l'avais déjà touchée plusieurs fois en thérapie mais je n'avais jamais touché cet espace de non-existence. On peut ainsi suggérer que certaines situations marquantes de notre vie puissent être la cause de plusieurs traumatismes à différents niveaux. C'est la raison pour laquelle on y retourne parfois, pour y découvrir de nouvelles choses à guérir...


Par Alice - Publié dans : Au jour le jour...
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