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Mercredi 5 décembre 2007 3 05 /12 /Déc /2007 22:03
464-redimensionner.jpg Qui peut se vanter de ne jamais avoir souffert d’un chagrin d’amour ? D’autant que lors d’une rupture, notre inconscient se souvient toujours… Explications.

Le processus redoutable, que la psychanalyse a nommé complexe d’OEdipe, fera que nous nous sentirons douloureusement trahis et exclus dès lors qu’un amour apparaîtra impossible. Les amours hétérosexuels autant qu’homosexuels n’échappent pas à cette souffrance.

Ce sacré besoin d’amour

Nous avons tous besoin d’être aimés et nos Je t’aime sonnent souvent comme des Aime-moi. Le problème, c’est qu’il ne suffit pas d’aimer pour être aimé en retour. Tous nos chagrins d’amour se situent donc dans cette non réciprocité qui entâche de façon douloureuse notre narcissisme : Je ne suis pas aimable, je suis laid(e), je suis nul(le)… À ce stade, l’enfer c’est bien cet autre aimé qui nous renvoie à notre détresse originelle : la coupure du cordon dès la naissance. Nous fantasmons que sans l’élu(e), plus rien n’est possible. La vie ne vaut pas la peine d’être vécue. Et maintenant, chantait Gilbert Bécaud, que vais-je faire ? Et maintenant que tu es partie, de tous ces gens qui m’indifférent. De tout ce temps… Toutes ces nuits, pour quoi, pour qui ? Et ce matin qui revient pour rien… On ne devrait jamais minimiser un chagrin d’amour. Il s’agit d’un véritable cataclysme qui peut entraver toute une vie. Dans sa forme pathologique, le désir s’est confondu en besoin. On peut parler d’une forme d’addiction, le partenaire absent étant transformé en lien vital.

Une chance

Heureusement, le principe de guérison est inhérent à notre condition humaine ! Pour Freud, on souffre au présent de traumatismes passés. Il devient alors nécessaire de ne plus confondre ce qui est de l’ordre du fantasme avec ce qui relève de la réalité. L’inconscient imagine, en effet, fixé qu’il est à ses premiers objets d’amour (maman et papa ou leurs substituts), qu’il mourra s’il les perd. Mais cela est pur leurre dans la mesure où nous avons survécu à cette pseudo perte. Comprendre que l’être aimé actuel réactive cette angoisse, par un jeu d’identification, remettra notre narcissisme à sa juste place. Nous sommes en fait capables de surmonter cet obstacle de la même manière que nous avons réussi à le faire précédemment. Nous vivions avant la rencontre amoureuse, pourquoi ne vivrions-nous pas après ? Quel est ce pouvoir occulte que nous accordons à autrui sous le fallacieux prétexte de l’amour ? De quel droit l’être aimé disposerait-il de nous ? Accepter ce principe de guérison revient à réaliser que nous n’avons fondamentalement besoin de personne pour être heureux ! Ce n’est pas de l’égoïsme puisque ce principe est valable pour l’autre aussi. Reprendre confiance en soi est la seule façon de refuser que le partenaire continue son travail de sape (s’il est dans cette mauvaise perspective). L’erreur serait de penser que tout cela est systématiquement de notre faute. Le travail de désidéalisation consiste à authentifier aussi les responsabilités de celui qui nous manque et dont l’absence nous fait mal.

Le rôle de la thérapie

Si nos chagrins sont trop douloureux, consulter un psychothérapeute ou un psychanalyste aidera à identifier ce qui se joue derrière cette blessure narcissique.

Le rôle du spécialiste sera dans un premier temps d’évaluer la nécessité ou non d’une prise en charge, selon les conséquences du traumatisme. Un chagrin d’amour, dans la mesure où il est le lot de tous, peut être plus ou moins facilement surmonté. Tout dépend de l’histoire de chacun. En tout état de cause, un travail sur soi réactivera les pulsions de vie et fera mentir la chanson qui veut que chagrin d’amour dure toute la vie... Le besoin d’amour se transformera ainsi en plaisir d’amour, ce qu’il ne doit en aucun cas cesser d’être. Encore faudra-t-il que soient dissociés plaisir et besoin, ce qui fait partie du rôle du praticien. Le besoin est lié aux fonctions vitales et concerne donc aussi la sphère professionnelle. L’indication incontournable d’une consultation est le cas où la souffrance limite le champ social : plus de goût au travail, aux études, désocialisation, etc. Toutefois, il n’est pas utile d’en arriver à ces extrémités pour bénéficier du confort d’une thérapie. Chantal, 35 ans, célibataire, l’explique : Par l’intermédiaire d’une amie, divorcée, et au regard de la transformation qui s’est opérée chez elle, autant au niveau professionnel qu’affectif, moi qui n’avais pas de problème particulier, j’ai décidé aussi de consulter un psychanalyste. J’ai réalisé que je n’avais pas fait le deuil d’une relation amoureuse. Après six mois de « divan », j’ai eu la chance de rencontrer par Internet une personne avec qui j’ai l’intention de me marier. Si j’ai pu guérir d‘un chagrin d’amour, j’ai aussi levé des interdits sur le plaisir…

Claudine Santos
Signes et sens


Par Alice - Publié dans : Psychologie et thérapies
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