Jeudi 3 janvier 2008
4
03
/01
/Jan
/2008
13:53
Restauration du mouvement interrompu vers la mère
Stage du 19/20 janvier 2008 - Tours
Animé par Brigitte Asselineau et Christiane Perreau
Constellations familiales et systémiques
Stage du 25 au 27 janvier 2008 – Paris
Animé par Christiane Perreau
RECONCILIATION ET PARDON
Christiane Perreau
Très souvent lors d’une constellation, des représentants aimeraient dirent à leur ascendants ou descendants, "je te demande pardon” ce à quoi le praticien s’oppose, invitant à
remplacer la demande par “je suis désolée ou je regrette beaucoup”. Que reste –t-il à pardonner lorsque nous avons compris une situation, les causes d’une intrication, d’une souffrance ?
Que reste –t-il à pardonner lorsque nous avons fait nôtre les réalités de l’autre ?
Faire nôtre veut seulement dire comprendre intégralement sans être d’accord ou pas d’accord. Comprendre avec empathie ce que vit l’autre.
C’est peut être ainsi que Madame de Staël, baronne française du début du dix-neuvième siècle a été amenée à dire : «Tout comprendre, c’est tout
pardonner» et Claude Portais de commenter dans un bulletin de La Voie Directe :
Si vous pouvez vraiment comprendre le point de vue d’un autre, vous comprenez exactement pourquoi il a fait ce qu’il a fait. Les gens sont
fondamentalement bons. Ils ne font pas de choses mauvaises en connaissance de cause... Sauf quand le “Réseau” les pousse compulsivement à des actes destructeurs.
En constellations familiales, nous pouvons voir, expérimenter que les actes néfastes sont commis par un manque de compréhension de nous-mêmes, de nos conditionnements et programmes
de survie, de nos intrications avec les identités de notre ligne génétique, du “Réseau”. Nous constatons que ce sont les personnalités et le système qui sont malades mais que l’Être est bonté et
amour.
Et comme le rappelle Gunthard Weber dans Les liens qui libèrent, d’un point de vue systémique, une prise de position morale voulant différencier le bien du mal sert
à quelqu’un à pouvoir s’attribuer un plus grand droit d’appartenance, et à remettre en question le droit à l’appartenance de quelqu’un d’autre ou même à le lui refuser. Cela a des conséquences
graves.
Notre ignorance est la source de nos difficultés existentielles et de notre souffrance. Dans la souffrance, nous avons une vue étroite et partielle de la situation. Nous regardons
les faits avec un point de vue unique qui entraîne un rétrécissement de conscience et empêche de comprendre la totalité de la situation qui s’inscrit dans un ensemble de causes et d’effets
beaucoup plus vastes dont nous sommes inconscients ou auxquels nous résistons parce que c’est trop douloureux ou que cela donne bonne conscience ou que nous en retirons certains bénéfices
secondaires -état de victimes-.
Par exemple en constellations, une femme vient avec un sentiment de culpabilité, des angoisses importantes et un non-désir de vivre. Son jeune enfant est par ailleurs atteint d’un
cancer ce qui amplifie son mal-être. Elle ne peut voir que la souffrance de son enfant et la sienne. Elle est repliée sur
elle-même et sa vision des choses.
Quand nous prenons connaissance des événements déterminants de son système actuel, nous apprenons qu’il y a eu un avortement avant la naissance de son fils, ce qui lui donne
de la culpabilité.
Quand cette personne met en place sa constellation, nous allons voir qu’ elle se punit pour cet avortement en s’empêchant de vivre pleinement et elle suit l’enfant avorté dans la
mort ; son deuxième enfant, la sentant en danger, se met lui aussi en danger pour tenter de sauver sa mère, de restaurer l’équilibre du système. Il suit un mouvement intérieur où il dit “chère
maman, je préfère partir à ta place”.
Le fait que cette femme puisse confronter l’événement (le regarder en face), prendre responsabilité pour cette décision et exprimer pleinement sa douleur, son chagrin, ses
intentions, qu’elle reconnaissance l’existence de l’enfant avorté et lui donne une place dans la famille va apaiser la mère, l’enfant avorté et le petit frère. Le fait que le père prenne aussi
ses responsabilités et les porte avec sa femme va renforcer les liens de cette famille et rétablir un équilibre porteur de vie. Celui qui s’identifie crée un équilibre mu par de la “pensée
magique” et qui amplifie la souffrance d’un système. (Je profite de cet exemple pour spécifier qu’en constellations familiales, l’avortement n’est pas considéré comme un
meurtre).
Pour évoluer vers une solution, il est nécessaire d’élargir la vision du système, d’avoir une expansion de conscience qui inclut tous les actes signifiants, non plus en jugeant ou
culpabilisant mais en devenant responsable et en accueillant ce qui est, les faits avec compréhension. Et cela amènera de la communion, de la compassion.
La constellation donne à voir d’autres points de vue jusqu’ici ignorés. C’est un des points essentiels des constellations, cette ouverture sur d’autres réalités jusqu’ici
inconnues. Et cela va permettre à une personne de trouver ses propres solutions. C’est le fait de comprendre qui redonne de l’affinité, de la communication entre les personnes et apaise le
système.
Et il n’y a pas à demander pardon à l’enfant pour cet acte. Il suffit simplement d’exprimer la douleur, les regrets ou pas et d’accueillir ici et maintenant cet enfant et ce
qui est. Ce qui réconcilie, c’est le fait de reconnaître ses intentions, ses actes, quels qu’ils soient, les circonstances du moment et l’enfant. C’est cela qui remet de l’ordre dans un
système, cette forme d’authenticité, d’honnêteté. Et l’ordre permet à l’amour de circuler à nouveau. Le désordre n’est pas propice à la compréhension, à la communication, il accroît la
confusion.
Ainsi quand nous prenons conscience des souffrances que nous pouvons causer à autrui par ignorance, maladresse, manque d’écoute, inconscience ou peur, nous comprenons que l’autre
est également agi par les mêmes défaillances. Et nous comprenons que chacun est bon au fond de lui.
Les constellations mettent en évidence les causes dont nous sommes effets sur plusieurs générations et qui nous amènent des actions qui ne sont pas propices à la survie d’un
système. Nous pouvons comprendre alors pourquoi notre mère ou notre femme n’a pas pu être plus disponible car leur histoire s'enchevêtrait avec l’histoire d’une grand mère morte en couches ou
d’une mère orpheline à l’âge de 3 ans.
Alors il n’est plus même plus question de pardon ; les revendications, les rancunes, la haine, le rejet se dissolvent pour laisser place à un sentiment d’apaisement, de
réconciliation, d’amour.
Parfois des événements graves (viol-inceste-meurtre-abandon) font qu’il est difficile de se réconcilier mais le refus et la haine qui lient aux malfaiteurs, aux causeurs de tort se
dissipent. Cela se détache de notre univers. Et c’est possible dès que celui qui a fait du tort reconnaît et assume ses responsabilités, ses torts. Comme le souligne Bert Hellinger, une
faute reconnue a plus de valeur qu’un rachat ou pardon. La faute subsiste et agit comme une force.
Par ailleurs, il a été constaté en constellations que le pardon ou la demande de pardon n’est pas sans conséquences. En effet, celui qui demande pardon à l’autre essaie de se
décharger de sa responsabilité. Celui qui reçoit le pardon se trouve décalé, en état d’infériorité par rapport à celui qui accorde le pardon, ce dernier se trouvant ainsi sur un plan “plus
haut”.
C’est pourquoi nous employons la phrase “je suis désolée” pour rétablir l’équilibre. Les personnes restent dans une relation équilibrée, d’égal à égal s’il s’agit d’adultes ou dans
ce rapport de respect aux ancêtres s’il s’agit. Imaginez un enfant qui dise à son parent “je te pardonne”...il se place alors comme le plus grand, avec un droit d’appartenance supérieur par
rapport à son parent ; or nous avons vu que les premiers arrivés dans un système ont préséance sur les derniers. Cela irait donc à l’encontre de l’objectif des constellations qui est de remettre
de l’ordre, ne serait-ce que sur le plan de la chronologie. Celui qui a commis une faute reste ainsi digne et garde sa force.
Ce qui empêche de pardonner ou d'accepter, c'est le jugement. Le jugement s’oppose à la compréhension; le jugement enferme dans un point de vue et fait perdre la vue de
l’ensemble de la situation; d’ailleurs si un animateur de constellations ou le groupe se met à juger un acte, une personne, cela ira à l’encontre du processus de réparation.
Et la souffrance commise à autrui ou commise par l'autre dépend aussi du désir de chacun de ne pas souffrir. Toute personne cherche à souffrir le moins possible, à augmenter sa
survie et pour cela, consciemment et inconsciemment, nous pouvons faire souffrir.
Et lorsque nous regardons nos propres comportements qui nous causent de la culpabilité ou du regret, avec nos points de vue d’alors, nous pouvons voir qu’à cet instant-là, nos
compréhensions, nos limites, notre souffrance et notre désir de non-souffrance ne nous permettaient pas d’agir autrement.
Alors le pardon est d’abord un mouvement vers nous-même. Un mouvement d’acceptation de soi, d’acceptation que nous ne sommes pas des “anges”. Et cela permet de perdre le désir de
vouloir rester innocent, c’est à dire infantile. Et cette acceptation qui est de l’ordre de prendre avec soi ce qui est, totalement, rend humble et digne. Nous retrouvons alors des unités de vie,
de l’autonomie et une capacité à agir plus justement.
Refuser affaiblit.
Inclure, intégrer, c’est le chemin de l’amour de soi, de l’amour de l’autre.
Il me semble que je ne juge plus une personne sur ses fautes,
mais sur les
souffrances qui les lui fait commettre.
La maîtrise de l’amour - Don Miguel Ruiz
Texte sur le pardon tiré d’Au-delà de la haine de Tim Guénard :
Je te pardonne.
On recommence la vie à zéro !
J’ai commis la connerie de ma vie.
Dans le fond je ne songeais qu’à une chose : me soulager.
Vivre le pardon pour moi et moi seul
M’offrir une bonne conscience toute neuve.
Le cœur peut donner un pardon que la bouche doit parfois retenir.
Le pardon n’est pas une baguette magique.
Il y a le pardon du vouloir et celui du pouvoir : on veut pardonner mais on ne peut pas.
Quand on peut, lorsque enfin la tête et le cœur finissent par être d’accord, il reste le souvenir, ces choses douloureuses qui remontent à la surface, qui troublent et
raniment la haine.
C’est le pardon de la mémoire. Ce n’est pas facile : il exige beaucoup de temps.
Le passé se réveille à cause d’un son, d’une parole, d’une odeur, d’un bruit, d’un geste, d’un lieu entr’aperçu…
Un rien suffit pour que les souvenirs surgissent. Ils me bousculent, ils me griffent. Ils me rappellent que je suis encore sensible ; J’ai toujours mal. Je ne serai peut-être
jamais pacifié.
Il me faudra sans doute recommencer mon pardon encore et encore.
Pardonner ce n’est pas oublier.
C’est accepter de vivre en paix avec l’offense.
Pour pardonner il faut se souvenir. Non, pas enfouir la blessure, l’enterrer, mais au contraire la mettre à jour, dans la lumière.
Une blessure cachée s’infecte et distille son poison.
Il faut qu’elle soit regardée, écoutée pour devenir source de vie.
Il n’y a pas de blessures qui ne puissent être lentement cicatrisées par l’amour.
Christiane Perreau
Courriel
mm
Par Dominique
-
Publié dans : Psychologie et thérapies
0
-